Modèle de Maturité

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Auteur : Martin Fowler (@martinfowler)
Source : MaturityModel
Date : 26/08/2014


Traducteur : Fabrice Aimetti
Date : 17/09/2014


Traduction :

Un modèle de maturité est un outil qui aide les gens à évaluer l'efficacité actuelle d'une personne ou d'un groupe et à identifier les compétences qu'elles ont ensuite besoin d'acquérir afin d'améliorer leur performance. Dans de nombreux cercles, les modèles de maturité ont acquis une mauvaise réputation, mais ils peuvent aisément être mal utilisés, dans les bonnes mains, ils peuvent se révéler utiles.
Les modèles de maturité sont structurés selon une série de niveaux d'efficacité. On suppose que n'importe qui dans le domaine passera à travers les niveaux selon un ordre où il devient de plus en plus compétent.
Ainsi, un exemple fantaisiste pourrait être la mixologie (un terme élégant pour une personne qui fait des cocktails). Nous pourrions définir des niveaux de ce genre :

  • Savoir comment faire une douzaine de boissons de base (par exemple, "faites-moi un Manhattan").
  • Connaître au minimum 100 recettes, pouvoir remplacer des ingrédients (par exemple, "faites-moi un Vieux Carré" dans un bar qui n'a plus de Peychaud's).
  • Etre capable de trouver des cocktails (soit inventés, soit retrouvés) avec quelques contraintes simples sur les ingrédients et les styles (par exemple, "faites-moi quelque chose avec du sherry et de la tequila qui ne soit pas trop sucré").


Travailler avec un modèle de maturité commence par évaluer, déterminer à quel niveau le sujet est actuellement performant. Une fois que vous avez effectué une évaluation afin de déterminer votre niveau, vous utilisez ensuite le niveau supérieur au vôtre pour prioriser les compétences que vous avez besoin d'apprendre et de développer par la suite. Cette priorisation de l'apprentissage constitue vraiment le grand avantage de l'utilisation d'un modèle de maturité. Cela se base sur l'idée que, si vous êtes au niveau 2 dans un domaine, il est beaucoup plus important d'apprendre des choses au niveau 3 qu'au niveau 4. Le modèle agit donc comme un guide d'apprentissage, en structurant ce qui serait autrement un processus beaucoup plus complexe.

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Ici, le point essentiel est que le vrai résultat d'une évaluation par modèle de maturité n'est pas le niveau où vous êtes, mais la liste des choses que vous devez travailler pour vous améliorer. Votre niveau actuel est simplement un morceau de travail intermédiaire afin de déterminer la liste des compétences à acquérir ensuite.

Tout modèle de maturité, comme tout modèle, est une simplification : mauvaise, mais heureusement utile. Parfois, même un modèle brut peut vous aider à déterminer en quoi consiste l'étape suivante, mais si la combinaison des capacités désirées varie trop dans des contextes différents, alors cette forme de simplification n'est pas susceptible d'être utile.

Un modèle de maturité peut n'avoir qu'une seule dimension, ou peut avoir plusieurs dimensions. De cette façon, vous pourriez être de niveau 2 dans les cocktails du 19ème siècle, mais de niveau 3 dans les boissons de Tiki. Ajouter des dimensions nuance davantage le modèle, mais le rend également plus complexe, et une grande partie de la valeur d'un modèle provient de sa simplification, même s'il s'agit d'une simplification excessive.

Si l'on utilise un modèle de maturité pour prioriser l'apprentissage, il pourrait également être utile dans les décisions d'investissement concernées. Un modèle de maturité peut contenir des estimations uniformisées des progrès, par exemple "pour passer du niveau 4 au 5, cela prend habituellement environ six mois et une réduction de la productivité de 25%". Ces estimations sont, bien sûr, aussi brutes que le modèle, et comme toute estimation, vous ne devez l'utiliser que lorsque vous avez un Objectif d'Estimation clair. L'estimation des délais peut également être utile pour traiter l'impatience, en particulier avec les changements de niveau qui prennent plusieurs mois. Le modèle peut aider à structurer de telles généralisations en l'appliquant au travail passé ("nous avons fait 7 niveaux, entre 2 et 3 changements et cela a pris entre 3 et 7 mois").
La plupart des personnes que je connais dans le monde du logiciel utilisent les modèles de maturité avec un sentiment de mépris que l'on peut comprendre en regardant le Capability Maturity Model (CMM), le modèle de maturité le plus connu dans le monde du logiciel. Le mépris pour le CMM est issu de deux racines principales. Le premier problème était que le CMM était associé à une culture pilotée par le planning et à une documentation très lourde, ce qui est une grosse contrainte à l'opposé de la communauté agile du logiciel.
Mais le problème le plus grave du CMM était la corruption de ses valeurs fondamentales par la certification. Les sociétés de développement de logiciels ont réalisé qu'elles pouvaient obtenir un avantage concurrentiel en se faisant certifier à un niveau plus élevé que leurs concurrentes, ce qui a souvent conduit à fausser les niveaux de certification dans le monde entier, des niveaux qui n'ont pas de Corrélation avec les Compétences Certifiées. L'utilisation d'un modèle de maturité pour dire à un groupe qu'il est meilleur qu'un autre est l'exemple classique pour montrer comment ruiner un indicateur par la perspective des gains (NdT : incentive). J'ai le sentiment que tous ceux qui font une évaluation ne devraient jamais faire connaître leur niveau courant en dehors du groupe avec lequel ils travaillent.
Il se peut que cette tendance à comparer les niveaux pour juger la valeur soit une caractéristique fondamentalement destructrice d'un modèle de maturité, qui sapera systématiquement toute valeur positive qui en découlera. Certes, ce serait trop facile de considérer les modèles de maturité comme de l'herbe à chat pour les consultants cherchant à vendre les efforts d'amélioration de la performance, ce qui explique pourquoi il y a toujours beaucoup de retours négatifs sur ​​notre liste de diffusion interne chaque fois que quelqu'un suggère un modèle de maturité pour davantage structurer notre activité de conseil.
Lors d'une discussion par mail sur l'ébauche de cet article, Jason Yip a pointé un problème plus fondamental des modèles de maturité :
"Un des principaux ennuis que je rencontre avec la plupart des modèles de maturité n'est pas tant qu'ils sont simplifiés et linéaires, mais plutôt qu'ils suggèrent un ordre d'apprentissage très pauvre, qui reflète en général ce qui est plus facile et ce qui est plus difficile, plutôt que d'apprendre normalement en suivant un chemin qui peut commencer par des choses difficiles. En d'autres termes, le modèle de maturité fait l'amalgame entre niveau d'efficacité et chemin d'apprentissage".
La remarque de Jason ne signifie pas que les modèles de maturité ne constituent jamais une bonne idée, mais ils soulèvent des questions supplémentaires lors de l'évaluation de leur pertinence. Chaque fois que vous utilisez n'importe quel type de modèle pour comprendre une situation et en tirer des conclusions, vous devez d'abord vous assurer que le modèle est bien adapté aux circonstances. Si le modèle ne correspond pas, cela ne signifie pas que c'est un mauvais modèle, mais cela signifie qu'il est inapproprié pour cette situation. Trop souvent, les gens ne prennent pas assez soin d'évaluer la pertinence d'un modèle vis-à-vis d'une situation avant de faire le grand saut et de les utiliser.
Remerciements

Jeff Xiong m'a rappelé qu'un modèle peut être utile pour prendre des décisions en matière d'investissement. Sriram Narayan et Jason Yip ont contribué par leurs très utiles commentaires.