Pourquoi les Laboratoires Sociaux ?

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Auteur : Zaid Hassan
Source : Why Social Labs?
Date : 08/01/2019


Traducteur : Fabrice Aimetti
Date : 28/02/2021


Traduction :

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L'une des questions qu'on m'a posées récemment au sujet du livre The Social Labs Revolution est la suivante : pourquoi des laboratoires "sociaux" ? Pourquoi pas des "laboratoires du changement", des "laboratoires de l'innovation" ou des "laboratoires du leadership", car ces termes circulent déjà ?

Mon intention en choisissant le mot "social" est de fournir un contraste par rapport aux laboratoires qui sont ancrés dans les sciences de la nature, c'est-à-dire les domaines scientifiques, technologiques et médicaux traditionnels.

Si nous connaissons bien les laboratoires de biologie, de chimie et de physique, nous n'avons pas de vision particulière de ce à quoi pourrait ressembler un laboratoire social. L'expérimentation en laboratoire dans les sciences sociales peut évoquer des images de tests psychologiques, comme dans la tristement célèbre expérience de Milgram ou, pire encore, l'idée d'ingénierie sociale. La notion d'expérience soulève la question de savoir qui est le sujet de cette expérience, ce qui conduit à toutes sortes de dilemmes éthiques.

Cela soulève la question suivante : qu'est-ce que le "social" exactement en tant que sujet, par opposition aux sciences de la nature ?

Selon Bruno Latour, "Lorsque les chercheurs en sciences sociales ajoutent l'adjectif "social" à un phénomène, ils désignent un état stabilisé, un faisceau de liens qui, plus tard, peut être mobilisé pour expliquer un autre phénomène. Il n'y a rien de mal à utiliser ce mot tant qu'il désigne ce qui est _déjà_ assemblé, sans faire de suppositions superflues sur la _nature_ de ce qui est assemblé... des problèmes surgissent cependant lorsque le terme "social" commence à désigner un type de matériau, comme si l'adjectif était à peu près comparable à d'autres termes comme "bois", "acier", "biologique",... À ce moment-là, le sens du mot s'effondre...".

De quoi parle-t-il ? Le "social" selon Latour ne doit pas être utilisé comme un adjectif. Le "social" est le produit d'un processus, ou d'une série de processus historiques, le social est ce que l'on pourrait appeler un "assemblage".

Des termes tels que "changement", "innovation" ou même "leadership" sont relativement souples et imprécis pour définir un champ d'action. Le mot "social" soumis aux réserves exprimées par Latour situe plus précisément le travail du changement. Il nous donne également des indications quant à la nature orientée processus du travail dans lequel nous nous engageons. Tout en désignant un "assemblage" historique, le "social" indique également comment les changements se produisent, via des processus conduisant à de nouveaux "assemblages".

Imaginez qu'une cloche sonne dans une école et que les enfants sortent de leur classe pour se rendre à la suivante. "Où allez-vous ?" demande l'un d'eux à un autre, "Oh, j'ai un labo social maintenant". En entrant dans la classe appelée " labo social ", les élèves sont organisés en petits groupes de quatre. "Où allez-vous aujourd'hui ?" dit l'un d'entre eux. "On va à la ferme urbaine, et vous les gars ?" "Ah, nous devons aller interroger les gens au supermarché du coin ", répondent-ils avec un visage triste.

Dans le scénario ci-dessus, les écoliers apprennent comment les systèmes changent grâce à des exercices très simples. Ces exercices ne nécessitent pas d'équipement spécial et n'ont pas besoin de se dérouler à grande échelle. Il est relativement facile d'apprendre aux enfants à former des équipes, à observer de manière disciplinée, à concevoir des espaces, à créer des prototypes, à collecter des fonds et à mettre en place des processus agiles. Imaginez que ces activités ne soient pas simplement basées sur un apprentissage abstrait en classe, mais bien sur un travail concret des élèves à partir de problématiques réelles qui les touchent, en essayant d'apporter de réels changements dans leur contexte.

Je crois que nous vivons une période de l'histoire particulièrement favorable aux laboratoires sociaux. Nos espaces d'expérimentation sont très différents des époques précédentes de l'ingénierie sociale. Au lieu d'une classe technocratique qui expérimente sur des populations défavorisées, nous vivons à une époque où le partenariat avec de larges couches de la société est désormais possible. Nos réseaux ont étendu l'interconnectivité de manière très large... et cela ne fait que s'accroître. Un véritable partenariat exige toujours de la délicatesse, de la compétence et de la confiance. Mais nous ne pouvons plus nous cacher de manière crédible derrière l'affirmation que nous savons tout, et que nous devons donc exclure les gens de l'autodétermination de leur propre vie.

Original publié sur le blog The Social Labs (www.social-labs.org)

Voir Roller Strategies (www.roller.sg) pour en savoir plus.