Takt time - D’où provient cette étrange expression ?

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Auteur : Michel Baudin
Source : Takt time: where this strange expression comes from
Date : 02/11/2012


Traducteur : Fabrice Aimetti
Date : 04/08/2017


Traduction :

Dans le groupe de discussions "TPS Only" sur LinkedIn, Casey Ng a posté la réponse suivante :

"Il est assez clair que Takt est un mot étranger (外来語)) aussi bien pour les anglais que les japonais. Son origine pourrait venir de l’allemand : Taktzeit. En se référant à la publication ‘Walking Through Lean History' de Jim Womack (Président fondateur du Lean Enterprise Institute) :

"Vers la fin des années 1930, l’industrie aéronautique allemande a été la pionnière du takt time en tant que moyen de synchroniser l’assemblage final d’un avion pour lequel les fuselages sont déplacés à l’unisson vers l’aval à travers la chaîne d’assemblage à un battement de temps précis (qu’est le takt)."

Ainsi, Toyota pourrait avoir adopté le terme et l’avoir appliqué lorsque Mitsubishi entretenait un lien avec l’industrie aéronautique allemande. Mais Toyota a donné une nouvelle vie au concept du takt en l’intégrant aux objectifs de flux principal et de réduction des stocks du JIT (NdT : Just-In-Time / Juste-à-temps). Toute tentative de mettre en oeuvre le JIT, sans une définition appropriée du takt time que Taiichi Ohno a précisé, est par conséquent vouée à l’échec."

Ce à quoi Bertrand Chauveau a ajouté :

"Takt est un terme allemand. Casey, tu as raison. C’est un mot allemand utilisé dans la musique pour décrire le rythme. Mitsubishi l’a ramené au Japon. L’association des industriels japonais l’a déployé. Toyota l’a donc adopté et adapté à son concept de production."

Et Frederick Stimson Harriman d’ajouter :

"En ce qui concerne les origines allemandes du ‘takt’, je n’ai jamais entendu les consultants japonais avec qui je travaillais dire quelque chose là-dessus, mais une fois, un consultant de JIPM m’a dit que Shingo utilisait le terme, et donc l’explication de Bertrand me semble logique."

Les résultats de mes recherches sur le sujet sont les suivantes.

Le Takt est en effet un mot allemand, il désigne une barre de mesure sur une partition de musique, mais aussi un cycle moteur comme dans le Viertaktmotor (moteur à quatre temps), ainsi que l’intervalle entre les trains d’une ligne régulière (image de David J. Anderson), comme illustré ci-dessous :

takt-in-german1_fr.png

Pourtant, les personnes qui déploient le Lean en Allemagne de nos jours sont aussi perdues que les Américains, et j’en ai entendu certaines se référer au Takt time comme au temps du processus.

Mais comment le « Takt » a-t-il migré de l’Allemagne au Japon ? Je pense que la raison pour laquelle les consultants japonais, avec qui Frederick a travaillé, ne se sont pas attardés sur le sujet, c’est que c’est apparu pendant la seconde guerre mondiale et que l’alliance en temps de guerre du Japon avec l’Allemagne Nazie n’est pas une source de fierté.

En creusant un peu plus dans les sources de Casey et Bertrand, j’ai trouvé dans le livre Americanization and Its Limits, un chapitre écrit par Katsuo Wada et Takao Shiba relatant que la branche aéronautique militaire de Mitsubishi a appris des choses sur le ‘Takt system' allemand grâce aux ingénieurs de Junkers en 1942, et qu’elle l’a mis en oeuvre dans l’usine d’assemblage des fuselages de Nagoya dès 1943, sous le nom de zenshinshiki (前進式?). Pour un observateur contemporain, cela ressemble aux pulse lines actuellement utilisées pour les avions militaires chez Boeing, avec des sections du fuselage assemblées sur des stations fixes et déplacées à intervalle fixe - le Takt - vers la station suivante.

C’est à différencier du concept de chaîne d’assemblage mobile également utilisé pour les avions pendant la seconde guerre mondiale par Ford à Willow Run, MI, pour le B24, et actuellement par Boeing pour les avions commerciaux. Et ce n’est pas non plus le même concept que la production pilotée par le takt aujourd’hui. Mais il y a des rapports avec l’industrie aéronautique allemande pendant la seconde guerre mondiale (cf. German Aircraft of the Second World War) utilisant des chaînes mobiles pour des composants.

La localisation de l’usine Mitsubishi à Nagoya n’est sans doute pas étrangère au transfert du concept chez Toyota, dont le siège social est toujours dans la région (NdT : voir Toyota (Aichi)). Cela a même pu être transporté dans les têtes des ingénieurs aéronautiques militaires qui ont rejoint Toyota lorsqu’ils se sont retrouvés sans emploi après la guerre.

Concernant la partie allemande de l’histoire, dans le livre German Aircraft of the Second World War, J.R. Smith et A.L. Kay, lors de leur discussion sur le Ju-88, explique :
"En août 1938, Ernst (NdT : Ernst Udet) a déposé le système Takt de construction pour toutes les grandes entreprises publiques telles que Junkers et Arado…"

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Un Ju-88 en plein vol en 1936

J’ai également trouvé l’image suivante de la chaîne d’assemblage des Ju-88 en 1941, qui suggère que les fuselages se déplace latéralement entre chaque opération plutôt que dans le sens de la longueur, du nez à la queue de l’avion.

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Chaîne d’assemblage du Ju-88 en 1941

C’est là que la piste se termine pour l’instant. Ernst Udet se suicida en 1941 et ne fut donc pas impliqué dans le transfert de connaissances vers Mitsubishi. Il me reste à trouver une description détaillée du "Taktsystem" de Junkers.

NdT : pour "voir" l’évolution de la chaîne d’assemblage mobile de voitures chez Ford, je vous conseille cet article : Célébrer la chaîne d'assemblage mobile en images.